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MAGAZINES HOẰNG PHÁP > Revue Hoằng Pháp > Numéro 99 - Février 2004 > Le sutra du lotus de la Loi Merveilleuse

LE SUTRA DU LOTUS DE LA LOI MERVEILLEUSE

(Kinh Diệu - Pháp Liên - Hoa)

-  Interprétation : Vénérable Thích Thanh-Từ
-  Traduction française : Diệu Anh

Au Viêt - Nam, les traductions du sutra du Lotus sont nombreuses. Naturellement aujourd’hui, je développe ce Sutra avec le regard de l’Ecole Mystique contemplative. Ne vous étonnez donc pas, si vous constatez certaines différences avec vos propres opinions, étant donné que c’est là, essentiellement le point central de l’esprit d’analyse des Ecrits canoniques, exprimé suivant l’approfondissement du rationalisme de ce sutra par l’enseignant.

Examen sommaire de l’histoire du sutra

L’original en Sanscrit du Sutra du Lotus ou Saddharmapundarika sutta a été traduit en Chinois par plusieurs traducteurs produisant différents ouvrages. Actuellement trois de ces ouvrages ont cours encore :

  1. Le sutra du Lotus de la Loi correcte (chánh pháp hoa kinh) traduit par Dharmaraksha (ngài Trúc Pháp Hộ) aux environs de l’an 300 après J.C à Dunhuang (Đôn Hoàng) comporte dix volumes.

  1. Le Sutra du Lotus de la Loi Merveilleuse (Dîệu Pháp Liên-hoa kinh) traduit par Kumârajiva (ngài Cưu Ma La Thập) entre 396-397 après J.C. à Chang ‘an (Trường An) comporte sept volumes, puis un huitième volume s’y ajoute plus tard.

  1. Le sutra du « Lotus de la Merveilleuse Loi » traduit par Jnânagupta (Xà Na) et Dharmagupta (Cấp Đa) en 601 après J.C à la pagode Đại Hưng Thiên comporte sept volumes.

Il existe aussi des traductions du chinois en vietnamien :

Parmi les différents volumes traduits du Sanscrit et du Chinois, « le sutra du Lotus de la Loi Correcte « par Dharmaraksha comporte vingt sept chapitres, excepté le chapitre de « Devadatta » et celui de la « Passation » se trouvant à la fin du livre. Le livre traduit par Jnânagupta et Dharmagupta comporte vingt huit chapitres, y compris le chapitre de Devadatta ; le chapitre de la « Passation » devient le 22è chapitre. Dans le livre traduit par Kumârajiva, la 1ère partie du chapitre « Les plantes médicinales » (Dược Thảo Dụ) manque, ainsi que le début du chapitre « Le maître de Loi » (Pháp sư), le chapitre « Devadatta » ne s’y trouve pas, ainsi que la partie en vers du chapitre « La porte universelle » (Phổ môn) (le Bodhisattva considérant les voix du monde, Avalokitesvara) tandis que le chapitre « Passation » est mis à la fin du livre. Mais finalement grâce au manuscrit : « bối diệp » de Jnânagupta et Dharmagupta, des traductions en remplacement complètent le livre en 28 chapitres d’où l’explication de l’intitulé : « Le sutra du Lotus avec ajout » (thiêm phẩm) c’est-à-dire le sutra du Lotus avec un chapitre ajouté.

Parmi les trois ouvrages du Sutra du Lotus traduits en Chinois à partir du Sanscrit, le livre de Kumârajiva est adopté comme ouvrage définitif, car bon nombre de religieux ainsi que les bouddhistes laïcs se servent de cet ouvrage comme livre d’étude, de recherche et de prières, tenant compte du style coulant, clair, significatif et profondément rationnel du Sutra. Ainsi la récitation du Sutra du Lotus est facilement comprise et reconnue. Parmi les quatre volumes du sutra du Lotus traduits du chinois en Vietnamien que nous avons cités, la traduction du très vénérable Trí Tịnh est adoptée par presque la totalité des religieux et bouddhistes laïcs du Viêt-Nam comme livre de recherche pour leur étude et comme livre de récitation, c’est pourquoi j’ai choisi de me baser sur cet exemplaire, dans mes exposés pour faciliter votre compréhension. Le Vénérable Trí Tịnh, dans son effort de recherche et de traduction qui lui a valu sa réputation, sa notoriété sur le plan éducatif ainsi que sur la qualité de ses traductions, a su traduire et propager la doctrine de Bouddha de façon à nous insuffler de la confiance, aussi sa traduction est très appréciée par tous. Il est évident que, tenant compte du talent de traducteur de la Doctrine bouddhique ainsi que la perspicacité de sa propagation, l’oeuvre traduite par le Vénérable est digne de confiance ; bien entendu il s’agit ici d’un livre de 500 à 600 pages qui nécessite beaucoup de travail donc possibilité de quelques oublis, sans porter atteinte au fondement de l’œuvre, ce qui mérite notre estime et notre désir de suivre la voie et cultiver les vertus.

En Chine comme au Viêt-Nam, le Sutra du Lotus a été et est toujours traité avec respect , et souvent dans les pagodes sont organisées des séances de lectures ou des assemblées pour réciter le sutra du Lotus. Au Japon, on a instauré l’Ecole Tendai, spécialisée dans l’invocation toute simple : « Namu Myôhô renge kyô » (hommage au livre du Lotus de la Loi Sublime = nam mô Đại Thừa Diệu Pháp Liên Hoa Kinh).

En Chine il existe des centaines de spécialistes commentateurs du sutra du Lotus. Seuls 2 oeuvres restent très appréciées et se propagent largement dans le pays, dont « le Lotus de la Loi mystérieuse » (Pháp Hoa Huyền Nghĩa) expliquée par le maître Thiên Thai Trí Giả Đại Sư et le livre d’explication Pháp Hoa Huyền Tán de Khuy Cơ disciple du commentateur Huyền Trang.

Le nom du Sutra

En chinois, le nom complet du sutra est « Le lotus de la Loi Merveilleuse enseignée aux Bodhisattvas et gardée en mémoire par les Bouddhas » ou : « Le Lotus de la Loi prodigieuse » ou encore « Le sutra du Lotus ».

Le nom du sutra a été formé par un assemblage ou réunion du genre : Doctrine-Métaphore : la Loi Merveilleuse est une doctrine, quant au Lotus c’est une métaphore. Selon le sutra du Lotus, la Bonne Loi c’est la Sagesse de Bouddha (Tri Kiến Phật) innée en chaque être vivant, encore appelée « le corps pur du dharma » (Pháp thân) ou « la nature de Bouddha » (Phật tánh). L’être qui est conscient de la Sagesse de Bouddha en soi n’est plus maintenu enfermé dans le dualisme ordinaire des profanes.

Le Lotus est une métaphore symbolisant l’Intelligence ou la Sagesse de Bouddha, grâce aux caractéristiques ci-dessous :

  1. 1 - La cause et l’effet sont contemporains : en effet, la fleur de lotus et le fruit-lotus se forment simultanément, ce qui la diffère des autres fleurs, lesquelles ne donneront des boutons de fruit futur qu’après avoir perdu leurs corolles. Par contre au sein de la fleur de lotus, les graines de lotus sont formées simultanément, et seulement visibles quand les pétales se fanent, ils deviendront alors parfaitement comestibles dès que les pétales desséchées tombent.Il en est de même pour la « Sagesse de Bouddha » qui est présente en chaque être vivant, cependant voilée par l’Ignorance, elle est de ce fait ordinairement invisible. Mais si l’être vivant apprend à se perfectionner jusqu’à accomplissement parfait, alors la « Sagesse de Bouddha » innée en lui apparaît dans toute sa splendeur.

  1. 2- Le lotus pousse dans la boue sale sans être souillé en conservant toujours sa beauté pure et son parfum agréable. On apprécie la fleur de Lotus, non pour sa beauté ou son parfum délicat comme tant d’autres fleurs, mais surtout pour son aptitude à préserver sa pureté naturelle malgré la souillure, et l’impureté de son environnement habituel. Tout comme notre corps physique constitué à partir des cinq agrégats, sous l’oeil d’un être éveillé il est perçu comme étant impropre et malsain, pourtant ce corps abrite quelque chose de pur et rayonnant que le Sutra du Lotus appelle : « la Sagesse de Bouddha ».

  1. 3 - Observons une mare aux lotus, elle présente un aspect d’ensemble assez varié : au sortir de l’eau dansent des boutons de fleurs sur le point de s’ouvrir, à côté des fleurs complètement épanouies exposant les graines charnues, plus loin des boutons encore immergés sous l’eau, d’autres , à peine sortis de la boue . Toutes ces fleurs s’ouvriront, tôt ou tard, parées de leur beauté et de leur parfum exceptionnels . Il en est de même pour les hommes, les dieux, Auditeurs (Thanh Văn), les Prateyka-bouddhas (Duyên Giác), les Bodhisattvas (Bồ Tát), leur base individuelle (căn cơ) diffère, mais chacun d’eux possède sa propre « Sagesse de Bouddha », en accomplissant parfaitement leur perfectionnement , ils deviendront Bouddha en fin de compte.

  1. 4 - La fleur de lotus ne séduit ni abeilles, ni papillons, de plus le sexe féminin ne l’utilise pas pour se parer. Tout comme la « Sagesse de Bouddha » est quelque chose de merveilleux qu’aucun élément mondain ne puisse altérer.

Ce pourquoi, cette « Sagesse » est considérée comme une Bonne Loi, provient de son caractère transcendant, au dessus de tout dualisme et absolument non - comparable avec aucun élément de ce monde. L’Ecole du Mysticisme contemplatif (Thiền tông) appelle cela « l’éternel visage » (bản lai diện mục = aspect jusqu’à ce jour). C’est l’élément de base que tout être vivant possède depuis toujours. En se perfectionnant on efface au fur et à mesure toute illusion causée par l’Ignorance, ce qui permet à « l’éternel visage » de se montrer. Au cours de la transmission des règles éthiques à son grand disciple Maha Kaçyapa, l’introduction en vers prononcée par Bouddha est : « Ma loi est une loi sans être une loi » (Pháp bổn pháp vô pháp) Bouddha voulait dire ceci : Ma loi est une loi merveilleuse nommée Loi, mais ce n’est pas une Loi. Pourquoi ? Parce que cette loi n’est pas quelque chose qu’on peut examiner avec les connaissances du commun des mortels, c’est la raison pour laquelle elle n’est pas considérée comme une loi. La Loi fondamentale étant la Nature même de toute chose, elle convient parfaitement à la signification de la « Bonne Loi » (Diệu Pháp). Jadis, le grand maître Thiên Thai Trí Giả Đại Sư après avoir compris et saisi le Sutra du Lotus, a mis toute une semaine pour expliquer le sens du mot « Diệu » (admirable, mystérieux, merveilleux). La Bonne Loi étant la nature de toute chose, sa description est sans limite et son commentaire est sans fin ; en raison de cela la « Sagesse de Bouddha » (Tri Kiến Phật) est considérée comme une loi mystérieuse, comparable à la fleur de lotus.

Lors de l’assemblée à Linh Sơn (montagne miraculeuse) Bouddha brandit une fleur de lotus tout en promenant son regard sur les quatre groupes présents demeurant silencieux , sauf le vénérable MahaKaçyapa qui esquissa un sourire. Suite à cela Bouddha témoigna officiellement que Mahakaçyapa a saisi la vérité de la Méditation et lui transmit l’habit et le bol traditionnels en le désignant comme le premier patriarche fondateur de l’Ecole du Mysticisme contemplatif ou l’Ecole de la Méditation. Ainsi le sutra du Lotus a été sermonné par le Bouddha au Pic du Vautour, en se servant de la fleur de lotus comme métaphore et en voyant Bouddha brandir la branche de lotus, le Patriarche Kaçyapa a saisi la Loi originelle merveilleuse aussi au Pic du Vautour. Ceci montre qu’il existe une connexion intime entre le Sutra du Lotus et l’Ecole méditative.

Dans leur enseignement, les maîtres de la Méditation utilisent souvent la fleur de lotus comme métaphore, par exemple ils disent : « Même dans la fournaise, le Lotus reste imprégné de fraîcheur » (la fournaise symbolise le corps impermanent, la fleur de lotus matérialise le corps du dharma) cela signifie qu’au sein du corps physique non permanent de chaque être vivant existe déjà une nature paisible non-née, non-détruite.

A présent, en considération de l’heureuse cohérence du sutra du Lotus et du Mysticisme contemplatif, j’entreprends de commenter ce Sutra du Lotus conformément à l’esprit d’un méditant ; C’est avec le regard d’un méditant convaincu que nous percevrons mieux les allégories particulières parsemées dans ce sutra, car une approche par raisonnement ordinaire permet difficilement de saisir le sens exceptionnel de ces métaphores.



(à suivre)

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